Résumé 123


SURVEILLANCE DU TRASTUZUMAB : DE LA THÉORIE A LA PRATIQUE

Thématique : Organisation hospitalière

Auteur(s) :
Leca Marion (CHITS) | Alessandra Christine (CHITS) | Xavier Tchiknavorian (CHITS) | Demichelis Chantal (CHITS) |

  • Introduction

L’utilisation du trastuzumab par voie sous-cutanée (SC) simplifie l’administration et la prise en charge des patients. Cependant, le résumé des caractéristiques du produit (RCP) précise, tout comme celui de la voie intraveineuse (IV), que les patients doivent être surveillés pendant six heures après la première injection puis pendant deux heures après les injections suivantes.

L’objectif de ce travail est de dresser un état des lieux des modalités de surveillance du trastuzumab, administré par voies IV et SC dans le traitement du cancer du sein HER2 positif.

  • Matériels et méthodes

Une enquête observationnelle rétrospective multicentrique a été menée, au niveau régional, sur l’année 2016. Le questionnaire, envoyé par mail aux pharmaciens en charge de l’activité de reconstitution des cytotoxiques, compare, d’une part, les modalités d’utilisation en vie réelle du trastuzumab, par voies IV et SC, et collecte d’autre part, les données de tolérance relatives à ce médicament.

  • Résultats

Vingt et un établissements de santé (ES) ont été contactés et dix ont participé à l’enquête.

Pour la voie IV, la moitié des ES respecte la durée de surveillance post-primo-administration mentionnée dans le RCP. Pour la voie SC, quatre ES la respecte.

Pour les administrations suivantes par voie IV, seulement deux ES assurent une surveillance conforme au RCP. Pour les administrations suivantes par voie SC, un seul ES assure une surveillance conforme au RCP.

Aucun ES ne dispose d’une salle dédiée à la surveillance post-administration.

Sur les 6 942 administrations de trastuzumab réalisées au sein des dix ES, seulement deux ont été suivies de réactions indésirables. Ces deux cas de pharmacovigilance ont été déclarés dans le même ES et concernaient uniquement la voie IV.

Aucune réaction n’a été rapportée avec le trastuzumab par voie SC.

  • Discussion/Conclusion

La surveillance post-administration est très peu réalisée dans la région et reste très hétérogène. Les ES ne disposent pas de locaux dédiés. Il faudrait alors garder les patients en surveillance post-injection sur les fauteuils de l’hôpital de jour (HDJ), ce qui parait peu compatible avec l’organisation actuelle des ES, soumis à la tarification à l’activité, ni même avec l’intensité d’activité des HDJ, très souvent saturés.

En pratique, le faible taux d’événements indésirables (EI) déclarés, additionné au faible taux d’EI rapportés au cours des études cliniques, et l’expérience acquise des oncologues médicaux avec cette molécule ont favorisé une certaine banalisation du traitement. D’ailleurs, la durée de surveillance du trastuzumab (Herceptin®) diffère de celle du trastuzumab emtansine (Kadcyla®), qui contient pourtant le même anticorps monoclonal. En effet, selon le RCP, la durée de surveillance du trastuzumab emtansine est de 90 minutes suite à la perfusion initiale puis de 30 minutes. Cette inadéquation des durées de surveillance ne semble pas trouver d’explication rationnelle, et conforte malgré tout, les équipes médicales dans leurs pratiques.