Résumé 182


Rupture de médicaments : exemple de conséquences cliniques pour les patients en oncologie et hématologie

Thématique : Pharmacie clinique

Auteur(s) :
CAVE Charlotte (2 avenue Martin Luther King 87042 Limoges Cedex) | STRUMIA Mathilde (2 avenue Martin Luther King 87042 Limoges Cedex) | JOST Jérémy (2 avenue Martin Luther King 87042 Limoges Cedex) | COURNEDE Agnès (2 avenue Martin Luther King 87042 Limoges Cedex) | GOSSE Nathalie (2 avenue Martin Luther King 87042 Limoges Cedex) |

  • Introduction

Dans les services d’hospitalisation de jour d’oncologie et d’hématologie, la dexchlorphéniramine est utilisée en hors AMM par voie intraveineuse (IV) en prémédication des chimiothérapies hypersensibilisantes. Suite à une rupture de stock en août 2017 et selon les recommandations du fournisseur, la prométhazine a été mise à disposition pour les patients de plus de 15 ans tandis que la dexchlorphéniramine a été réservée à la pédiatrie.

  • Matériels et méthodes

Nous rapportons chez plusieurs patients l’observation d’effets indésirables (EI) suite à l’administration de la prométhazine.

  • Résultats

Dès l’utilisation de la prométhazine, quatre patientes ont présenté des EI. Aucun autre médicament n’a été co-administré.
Pour deux patientes d’oncologie (M, 51 ans et G, 79 ans), l’administration a été réalisée par erreur par voie IV directe, provoquant des signes cliniques 30 minutes après. La patiente G a présenté : érythème du visage, dysarthrie, perte de connaissance d’environ 15 minutes avec hypertension et tremblements.
Chez la patiente M, confusion, malaise avec tremblements du corps, vertiges et troubles de la vision ont été observés.
Pour deux autres patientes d’hématologie (S, 89 ans et B, 66 ans), malgré une administration selon les recommandations du laboratoire, des signes anticholinergiques (somnolence, confusion mentale délire, troubles de la coordination, troubles sphinctériens, sécheresse buccale) ont été objectivés.
Ces EI ont été pris en charge par : monitorage rapproché des constantes cliniques (tension artérielle, fréquence cardiaque, etc.) et biologiques, scanner cérébral, appel au centre antipoison, déclaration au centre régional de pharmacovigilance.
Seule la patiente G (79 ans) a bénéficié d’une injection IV de méthylprednisolone à 120 mg.
Un rétablissement complet, sans séquelle, de toutes les patientes a été confirmé après 6h d’hospitalisation chez les deux plus jeunes (M et B) et 24h chez les deux plus âgées (S et G).

  • Discussion/Conclusion

Ces situations illustrent la difficulté de gestion des alternatives médicamenteuses lors des ruptures de la spécialité au marché. Malgré l’information des services par la pharmacie, la proposition d’une spécialité non équivalente à celle du livret et méconnue de l’équipe soignante a engendré des erreurs d’administration favorisées par les données insuffisantes de la monographie. Chez les patientes plus âgées (avec souvent comorbidités et polymédication associées), les EI anticholinergiques sont majorés amenant à des allongements des durées d’hospitalisation. Suite à ces incidents, la prométhazine a été retirée des services et l’utilisation d’un traitement antihistaminique per os en première intention a été rappelée aux prescripteurs.

Les ruptures de médicaments sont devenues le quotidien des Pharmacies à Usage Intérieur entrainant des difficultés de gestion supplémentaire et des risques iatrogènes pour les patients. Dans les cas décrits ici, le risque s’est traduit par un retard d’administration et la perturbation des cycles de chimiothérapie impliquant une potentielle perte de chance dans la prise en charge des pathologies cancéreuses.