Résumé 195


Quand les problèmes de l’hôpital s’invitent à la maison : Retour d’expérience d’une revue de morbi-mortalité

Thématique : Assurance qualité

Auteur(s) :
Lucas Charlène (Pharmacie HIA Bégin 69 avenue de Paris 94160 Saint-Mandé) | Viallet Alice (Pharmacie HIA Bégin 69 avenue de Paris 94160 Saint-Mandé) | Sgarioto Amandine (Pharmacie HIA Bégin 69 avenue de Paris 94160 Saint-Mandé) | Cauet Amélie (Pharmacie HIA Bégin 69 avenue de Paris 94160 Saint-Mandé) | Kramp François (Pharmacie HIA Bégin 69 avenue de Paris 94160 Saint-Mandé) | Ginestet Hélène (Pharmacie HIA Bégin 69 avenue de Paris 94160 Saint-Mandé) |

Introduction :

Un patient externe est admis en réanimation dans un contexte de probable surdosage médicamenteux suite à une mauvaise interprétation de son ordonnance : « pazopanib 800mg (4 comprimés) 1 fois par jour » ayant conduit le pharmacien officinal à dispenser 4 boites de 60 comprimés à 400mg et le patient à ingérer 3200mg par jour de pazopanib pendant 5 jours. Cet événement indésirable (EI) grave a été analysé en revue de morbi-mortalité (RMM) au sein de l’établissement de santé (ETS). Ce travail présente les facteurs de risques d’iatrogénie médicamenteuse identifiés dans le parcours de soins d’un patient ayant une prescription hospitalière d’un anticancéreux oral à dispenser en ville.

Matériels et méthodes :

Cet EI a été analysé selon la méthode ALARM, méthode retenue dans l’ETS pour la conduite des RMM. Celle-ci a été réalisée moins de 30 jours après l’EI en présence de professionnels de ville et de l’hôpital, impliqués ou neutres, afin d’identifier les facteurs contributifs intra et extrahospitaliers. Au cours de cette RMM ont également été discutées les conditions de prise en charge du patient en réanimation ainsi que les actions correctives à mettre en place.

Résultats :

Treize facteurs contributifs ont été recensés et repartis dans les 7 catégories de causes racines. Trois facteurs sont liés au patient, 5 sont liés au pharmacien d’officine et à son organisation, 5 sont liés à l’hôpital. Parmi les facteurs identifiés 3 concernent la prescription : mésusage du logiciel d’aide à la prescription (LAP) en consultation, absence de modèle de prescription adapté aux anticancéreux oraux, absence de politique de sécurisation des prescriptions à destination de la ville et 2 concernent la dispensation : absence de double contrôle, logiciel de dispensation non bloquant. Un défaut d’information du patient a également été relevé.

Discussion/Conclusion :

Les outils de la méthode ALARM se sont révélés difficiles à utiliser pour cet EI réparti sur 3 lieux (consultation, officine, réanimation) et 2 organisations (ville-hôpital). Le parcours de soins des patients cancéreux en dehors de l’hôpital est loin d’avoir atteint les critères de sécurisation attendu pour ces médicaments à risque. Les LAP sont un levier d’action intéressant car ils permettent de sécuriser la prescription par la protocolisation mais peuvent également aider la dispensation et l’administration par l’édition de fiches-conseils ou plans de prise. Dans l’idéal, le pharmacien d’officine aurait accès à ce logiciel. La mise en œuvre de conciliations de sortie ou de consultations pluri-professionnelles ont, comme les LAP, montré leur efficacité dans la réduction d’EI. A l’instar de ce qui a été mis en place pour la prise en charge médicamenteuse intrahospitalière, la coordination ville-hôpital gagnerait à être encouragée par les instances nationales au travers du contrat de bon usage et des certifications.