Résumé 214


Anticancéreux oraux et prescriptions associées : Et les interactions ?

Thématique : Pharmacie clinique

Auteur(s) :
TULOUP Vianney (ONCORAL) | MIOUX Lisa (Hospices Civils Lyon HCL. Unité de Pharmacie Clinique Oncologique) | CAFFIN Anne-Gaëlle (Groupement Hospitalier Sud) | RANCHON Florence (HCL) | SCHWIERTZ Vérane (ONCORAL) | VANTARD Nicolas (Hospices Civils Lyon HCL. Unité de Pharmacie Clinique Oncologique) | BAUDOUIN Amandine (Groupement Hospitalier Sud) | HENRIQUET Maxime (HCL) | PHILIPPE Michaël (ONCORAL) | OPSOMER Marie-Agnès (Hospices Civils Lyon HCL. Unité de Pharmacie Clinique Oncologique) | DESCOTES Guillaume (Groupement Hospitalier Sud) | CHARRA Florent (HCL) | LARBRE Virginie (ONCORAL) | KHAYI Fouzi (Hospices Civils Lyon HCL. Unité de Pharmacie Clinique Oncologique) | MOSER Catherine (Groupement Hospitalier Sud) | COUTURIER Laurence (HCL. EMR 3738) | RIOUFOL Catherine (UCBL1) | (ONCORAL) | (Hospices Civils Lyon HCL. Unité de Pharmacie Clinique Oncologique) | (Groupement Hospitalier Sud) | (HCL) |

La polymédication des patients sous anticancéreux oraux (ATCO) (traitements correcteurs des effets chimio-induits, traitements habituels, recours aux médecines alternatives et complémentaires (MAC)) expose le patient à un risque iatrogène médicamenteux significatif.

Cette étude évalue les interactions médicamenteuses (IAM) potentielles détectées dans la population de patients ambulatoires sous ATCO bénéficiant du programme d’éducation thérapeutique centré sur le médicament ONCORAL.

La consommation médicamenteuse et de MAC des patients sous ATCO participant au programme ONCORAL aux Hospices Civils de Lyon et ayant bénéficié d’au moins 3 entretiens avec l’équipe pharmaceutique entre le 01.01.2015 et le 31.05.2017 a été recueillie de façon prospective. Les interventions pharmaceutiques sur les IAM potentielles ont été enregistrées et analysées.

Au total, 167 patients ont été inclus (dont 58,7% d’hommes), avec un âge moyen de 65,2 ans [min 25 - max 89 ans] dont 65,9% suivis pour une hémopathie maligne et 34,1% pour une tumeur solide. Les ATCO prescrits étaient des inhibiteurs de tyrosine kinase et des immunomodulateurs (-imids) respectivement pour 50,3% et 26,9% des patients, des cytotoxiques pour 32,3% et de l’hormonothérapie pour 5,4%.

Plus de 9 patients sur 10 (154 patients, 92,2%) sont polymédiqués (≥ 5 médicaments/jour), avec une polymédication excessive (≥ 10 médicaments/jour) pour 1 patient sur 2 (88 patients, 52,7%) et une moyenne de 11 traitements/jour par patient [2-31]. 83 patients (49,7%) avaient recours aux MAC, principalement pour la gestion des effets indésirables (51,2%).

Au total, 84 IAM concernant l’ATCO ont été identifiées chez 79 patients. La majorité concernait des IAM de type « à prendre en compte » ou « précaution d’emploi ». Trente-cinq patients (20,9%) prenaient un antiacide de type pansement gastrique nécessitant des adaptations du plan de prise de l’ATCO. Vingt-trois patients avaient un risque hémorragique augmenté , majoritairement par l’acide acétylsalicylique (n =11) ou une héparine de bas poids moléculaire. Quinze patients (8,9%) présentaient une IAM entre l’ATCO à libération gastrique pH-dépendante et un inhibiteur de la pompe à protons.

Une majoration du risque torsadogène a été identifiée pour 15 patients traités pour la plupart par dabrafénib (n=6) ou ibrutinib (n=5).

Dans le cadre du suivi de ces patients, 79 IAM potentielles ont été interceptées dont 2 (2,5%) contre-indications (ibrutinib-fluindione-acide acétylsalicilique ; ibrutinib-colchicine-azithromycine) et 14 (17,7%) associations déconseillées (ruxolitinib-primidone ; idélalisib-atorvastatine).

Cette étude met en évidence le risque majeur d’iatrogénie lié aux multiples sources de médicaments pour le patient traité par ATCO (ordonnances multiples, automédication, recours aux MAC) et la complexité d’une analyse pharmaceutique exhaustive. Le rôle central du pharmacien, à l’hôpital et en ville, est primordial pour prévenir ou stopper la survenue d’IAM cliniquement significatives et potentiellement silencieuses (diminution d’efficacité).

Le lien pharmaceutique ville-hôpital prend tout son sens dans la prévention de ce risque iatrogène médicamenteux et doit servir de socle à la sécurisation de la chimiothérapie orale.