Résumé 247


Chimiothérapies anticancéreuses en réanimation : comment sont-elles administrées ? quelles pistes d’optimisation ?

Thématique : Pharmacie clinique

Auteur(s) :
Cros Cyrille (Service de Pharmacie clinique- Hôpital Cochin – 27 Rue du Faubourg St-Jacques – 75014 Paris) | Marques Eva (Service de Pharmacie clinique- Hôpital Cochin – 27 Rue du Faubourg St-Jacques – 75014 Paris) | Pene Frederic (Réanimation médicale- Hôpital Cochin – 27 Rue du Faubourg St-Jacques – 75014 Paris) | Brandely Marie-Laure (Service de Pharmacie clinique- Hôpital Cochin – 27 Rue du Faubourg St-Jacques – 75014 Paris) | Batista Rui (Service de Pharmacie clinique- Hôpital Cochin – 27 Rue du Faubourg St-Jacques – 75014 Paris) | Conort Ornella (Service de Pharmacie clinique- Hôpital Cochin – 27 Rue du Faubourg St-Jacques – 75014 Paris) | Bardin Christophe (Service de Pharmacie clinique- Hôpital Cochin – 27 Rue du Faubourg St-Jacques – 75014 Paris) |

Introduction

Le nombre de patients admis en réanimation médicale (RM) et atteints de cancers est en augmentation régulière. Les principales causes d’admission sont liées à une défaillance d’organe, un contexte infectieux, une extension brutale de la maladie hématologique. Près de la moitié de ces patients reçoivent une chimiothérapie en RM. Un aspect très peu étudié concerne les conditions d’administration des chimiothérapies dans le contexte de la réanimation : identification des facteurs de variabilité pharmacocinétique (dysfonctionnement hépatique ou rénal, interactions médicamenteuses IM) et des modalités d’administration (séquence de chimiothérapie, modification des doses …). L’objectif de ce travail était de décrire le profil des patients concernés, identifier les sources de variabilité et les écarts par rapport aux référentiels.

Matériels et Méthodes

L’étude était rétrospective sur 4 ans (2012-2016). Les patients ayant reçu au moins une chimiothérapie en RM à l’hôpital Cochin (extraction CHIMIO) ont été inclus. Les données cliniques, biologiques et médicaments associés ont été recueillies. Seuls les patients en présentation inaugurale de lymphomes agressifs (LyA) et de  leucémies aigues myéloblastiques (LAM), hémopathies les plus fréquentes, ont été évalués.

Résultats

119 patients (sur 8861 patients admis) ont reçu au moins une chimiothérapie dont 20 pour LAM et 36 pour LyA. Les autres pathologies étaient respectivement des myélomes, tumeurs solides, maladies auto-immunes. Les patients atteints de LyA ont reçu un traitement cytoréducteur corticoïde avant la chimiothérapie (89%). Dans le groupe LyA, la majorité des chimiothérapies étaient des (R)CHOP based regimen, les autres chimio étaient représentés par du MTX haute dose ou anticorps monoclonal. Dans le groupe LAM, les protocoles étaient de type anthracyclines/ cytarabine associé à différents prétraitements cytoréducteurs (75 %). 25% et 45% des patients avaient une fonction hépatique dégradée et 58% et 31% des patients une insuffisance rénale aigüe respectivement pour les groupes LAM et LyA.  Une part non négligeable des patients étaient dialysés (25% LAM et 36% LyA). Pour une majorité de ces patients, le protocole réalisé n’indique pas de réduction de dose pour les cytotoxiques faisant l’objet d’une élimination rénale ou d’un métabolisme hépatique avec élimination biliaire. 201 IM ont été détectées dans la cohorte élargie (119 patients) sur la base des mentions RCP avec 69% d’IM pharmacocinétiques (ex : MTX/IPP, vincristine/fluconazole) : 3% « déconseillée », 19% « précaution d’emploi », 6% « à prendre en compte » 72% non classées.

Discussion – conclusion

L’étude montre des sources importantes de variabilité pharmacocinétique pour les chimiothérapies, en liaison avec une altération fréquente de la fonction hépatique ou rénale, et avec des IM pharmacocinétiques. Ces variabilités sont rarement prises en compte dans d’éventuelles réductions de posologie, notamment en raison de l’hétérogénéité des recommandations. L’étude amorce une collaboration plus active entre réanimateurs et pharmaciens dans un objectif de sécurisation des chimiothérapies.