Résumé 66


Chimiovigilance des patientes traitées par trastuzumab-emtansine (Kadcyla®) dans un centre de lutte contre le cancer

Thématique : Pharmacie clinique

Auteur(s) :
Cartier François (Pharmacie - Institut Curie 26 Rue d'ULM 75005 Paris) | Diéras Véronique (Sénologie médicale - Institut Curie Rue d'ULM 75005 Paris) | Escalup Laurence (Pharmacie - Institut Curie |26 Rue d'ULM 75005 Paris) |

Introduction : Avec 54 000 nouveaux cas en 2015, le cancer du sein est aujourd’hui le cancer le plus fréquent chez la femme. De nombreuses nouvelles thérapies ciblant le récepteur HER2+, surexprimé dans 25% de ces tumeurs, ont été mises sur le marché ces dernières années. Le trastuzumab-emtansine (T-DM1) est commercialisé en deuxième ligne métastatique depuis 2014. Il s’agit d’un anticorps (le trastuzumab) couplé à un cytotoxique (l’emtansine). Cette nouvelle classe s’accompagne d’effets indésirables (EI) peu connus des médecins, par rapport notamment au trastuzumab, bien toléré. L’objectif de cette étude est de suivre les effets indésirables de la cohorte de patientes traitées par T-DM1 au sein de notre établissement.

 

Matériel & Méthodes : Cette étude observationnelle, ambispective et bi-centrique a été réalisée au sein d’un centre de lutte contre le cancer (sur deux sites distincts) entre octobre 2014 et décembre 2015. Toutes les patientes traitées par T-DM1 ont été incluses. L’établissement d’une base de données et d’une revue de la littérature a permis d’apprécier les toxicités liées au T-DM1 et leur gestion.

 

Résultats : Durant la période de l’étude, 63 patientes ont été traitées par du T-DM1 (âge médian 57 ans [29–88 ans]). 527 prescriptions de T-DM1 ont été relevées, soit 6 par patiente en médiane [1-20]. 11 patientes ont eu une réduction de dose à cause d’une mauvaise tolérance (n=6), ou pour un état clinique précaire (n=5). Les patientes ont eu 3 EI cliniques en médiane [0-12] durant la période de l’étude, en majorité de l’asthénie (63.5%), des EI gastro-intestinaux (42.9%) ou encore hémorragiques (22.2% notamment épistaxis). 95.2% des patientes ont eu des perturbations de leur bilan hépatique, sans conséquence clinique. Des thrombopénies ont été observées chez 4 patientes.

Discussion/Conclusion : Le T-DM1 a été relativement bien toléré chez ces patientes, ayant reçu souvent plus de deux lignes de traitement en situation métastatique. L’étude a permis de voir en vie réelle les EI, par rapport aux essais cliniques où la population enrôlée est strictement contrôlée. L’asthénie et les épistaxis, fréquents, restent néanmoins des effets insidieux pouvant altérer la qualité de vie des patientes. Une méta-analyse sur les EI rencontrés par les patientes lors des essais cliniques retrouve les EI observés dans notre étude dans les mêmes proportions. La chimiovigilance est un concept récent, qui a une importance croissante avec l’avènement de l’immunothérapie et ses EI auto-immuns. L’étude de cohortes ciblées de patients permet de mieux appréhender certains EI, et d’adapter le suivi selon la molécule. Grâce à cette étude, une réorganisation des consultations médicales à chaque cycle peut être envisagée afin de les espacer, dans le but d’améliorer la qualité de vie des patientes.

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