Résumé 83


Etude de l’association entre inhibiteurs de la pompe à protons et toxicité hématologique du pemetrexed

Thématique : Pharmacie clinique

Auteur(s) :
Beaudoin Alexandre (Unité de Médecine Ambulatoire-Cancérologie-Hématologie Centre Hospitalier Universitaire de Reims Avenue du Général Koenig 51100 Reims) | Delmotte Marie (Pharmacie Centre Hospitalier Universitaire de Reims Avenue du Général Koenig 51100 Reims) | Kanagaratnam Lukshe (Unité d’aide méthodologique pôle recherche et santé publique Centre Hospitalier Universitaire de Reims Avenue du General Koenig 51100 Reims) | Bouché Olivier (Unité de Médecine Ambulatoire-Cancérologie-Hématologie Centre Hospitalier Universitaire de Reims Avenue du Général Koenig 51100 Reims) | Vella-Boucaud Juliette (Unité de Médecine Ambulatoire-Cancérologie-Hématologie Centre Hospitalier Universitaire de Reims Avenue du Général Koenig 51100 Reims) | Slimano Florian (Pharmacie Centre Hospitalier Universitaire de Reims Avenue du Général Koenig 51100 Reims) |

  • Introduction

Le pemetrexed présente comme le méthotrexate une toxicité hématologique pouvant toucher toutes les lignées. Cette toxicité peut être la conséquence d’une interaction médicamenteuse via un retard d’élimination. Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont notamment connus pour inhiber le transporteur rénal human Organic Anion Transporter 3 (hOAT3) qui est un des mécanismes d’excrétion du méthotrexate. Cette interaction cliniquement pertinente est retrouvée dans la littérature. Alors que l’on sait que le pemetrexed est majoritairement éliminé par hOAT3 (environ dix fois plus que méthotrexate), une interaction médicamenteuse avec les IPP donnant lieu à une augmentation de la toxicité hématologique est mal connue. Une seule étude rétrospective a rapporté l’interaction. Afin de discuter de la pertinence d’une recherche prospective, nous avons évalué sur une cohorte de patients l’incidence d’une toxicité hématologique (anémie, neutropénie, thrombopénie) tous grades confondus en fonction de la consommation d’IPP.

  • Matériels et méthodes

Étude rétrospective monocentrique sur les patients traités en hôpital de jour de cancérologie pendant 18 mois. Tous les patients traités par pemetrexed (500 mg/m²) étaient inclus. A partir des bilans médicamenteux réalisés en routine, deux groupes ont été constitué selon la consommation ou non d’IPP. L’historique de chimiothérapie extrait à partir du logiciel CHIMIO™ 5.7 et celui des toxicités hématologiques objectivé par les bilans biologiques ont été colligé. L’influence de la consommation d’IPP sur l’incidence d’une toxicité hématologique au pemetrexed a été étudiée en analyse univariée. Les autres analyses ont évalué le délai d’apparition de la toxicité ainsi que la consommation d’autres molécules substrats ou inhibitrices des hOAT3.

  • Résultats

Inclusion de 50 patients entre le 23 novembre 2015 et le 22 mai 2017 ayant reçu chacun 6 cycles de chimiothérapie. Il y avait 15 patients (29%) pour lesquels la consommation d’IPP a pu être objectivée (groupe IPP+) comparé au groupe témoins (IPP-). Les deux groupes étaient comparables avant le premier cycle sur les données démographiques, biologiques et les antécédents de traitement oncologique. Aucune association significative entre consommation d’IPP et survenue de toxicité hématologique liée au pemetrexed n’a été retrouvée (p=0,1). Aucune association significative n’a été également retrouvée au niveau du délai d’apparition de la toxicité. En revanche les patients du groupe IPP+ consommaient plus d’autres molécules interférant avec les hOAT3 que le groupe IPP- (66,7% versus 28,6%).

  • Discussion/Conclusion

Notre étude ne retrouve pas d’association significative entre la consommation d’IPP et l’incidence de la toxicité hématologique du pemetrexed. Ces résultats sont en contradiction avec les données publiées. Les limites de notre étude ne permettent cependant pas de conclure formellement à l’absence d’interaction cliniquement pertinente entre le pemetrexed et les IPP. Une étude prospective permettrait de contrôler les biais rencontrés et de confirmer ou infirmer l’hypothèse de cette interaction.

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